par L'ACOPRLM - 30 juillet, 2023 (en ébauche en attendant l'approbation du ESDC)
Chaque jour, les technologistes de laboratoire médical (TLM) du Canada jouent un rôle essentiel dans le dépistage précoce de maladies, la découverte de pathologies rares, la lutte contre les épidémies et la prévention des erreurs de diagnostic. Ces réalisations s’appuient sur des normes réglementaires solides qui garantissent le plus haut degré de compétence et de professionnalisme de la part des TLM. Les exemples qui suivent montrent en quoi les TLM réglementés peuvent contribuer aux soins aux patients et à la santé publique : Prenons l’exemple d’un TLM qui aurait découvert une augmentation légère, mais constante du nombre de globules blancs chez un patient, à laquelle on n’aurait pas porté attention jusque-là, car elle se situait toujours dans la fourchette normale : la diligence et la compétence du TLM, renforcées par les normes réglementaires, ont permis la détection précoce d’une forme de leucémie. En l’absence d’une réglementation garantissant des normes de formation et de compétence, le problème aurait pu passer inaperçu, le traitement – essentiel – se trouvant alors retardé, non sans conséquence sur le pronostic.
Examinons ensuite le cas d’un TLM chargé d’analyser du matériel génétique lors d’un dépistage prénatal. Ce TLM a décelé une anomalie chromosomique rare, potentiellement indicatrice d’une maladie génétique. L’équipe médicale a ainsi pu préparer un plan de soins détaillé avant l’accouchement, ce qui améliorerait considérablement les résultats obtenus sur le plan de la santé de l’enfant. En l’absence d’exigences en matière de formation et de normes professionnelles fixées par les organismes de réglementation, l’anomalie aurait encore une fois pu passer inaperçue.
Lors d’une épidémie locale de maladie infectieuse, la souche exacte de la bactérie en cause a pu être identifiée rapidement et avec précision par un TLM, grâce aux normes élevées de pratique et d’évaluation des compétences imposées par les organismes de réglementation. La réponse rapide et précise a permis aux responsables des soins de santé de remonter à la source de l’infection et de mettre en œuvre des mesures de contrôle, ce qui montre en quoi les TLM, soutenus par une réglementation rigoureuse, peuvent influer sur la santé publique.
Enfin, prenons le cas d’un patient chez qui on soupçonnait un diagnostic particulier sur la base de ses symptômes. Pendant qu’il traitait les échantillons de ce patient, le TLM a effectué une analyse microscopique du sang qui a révélé un autre diagnostic possible. Compte tenu des résultats obtenus, le TLM a pris l’initiative d’ajouter des tests supplémentaires qui permettraient d’établir le diagnostic. La formation et l’expérience clinique du TLM, exigées par les normes réglementaires, ont permis l’évaluation du cas et l’obtention du bon diagnostic et du bon traitement.
Contexte
Les technologistes de laboratoire médical (TLM) jouent un rôle essentiel dans le système de santé canadien, en réalisant des analyses de laboratoire sur des échantillons de patients et en fournissant de l’information pour le diagnostic, la prévention et le traitement des maladies. Ce travail exige un haut degré de compétence, de professionnalisme et de responsabilité. Bien que ce ne soit pas toujours évident pour le grand public, la réglementation professionnelle des technologistes de laboratoire médical est essentielle pour protéger le public et garantir la meilleure qualité de soins possible. Le présent article explique l’importance de ces règlements; on y trouve des exemples de la façon dont ils protègent l’intérêt public.
Histoire de la réglementation au Canada
Le paysage de la réglementation des professions au Canada a considérablement évolué au fil des ans, l’accent étant mis sur le maintien de normes professionnelles, la protection du public et l’adaptation aux changements sociétaux et sectoriels[1]. L’histoire de cette réglementation au pays remonte au XIXe siècle. C’est en effet à cette époque que des organismes de réglementation ont été créés en vertu de lois provinciales, se voyant confier le mandat, les responsabilités et les pouvoirs nécessaires pour protéger l’intérêt public. Cette fonction s’est élargie au fil du temps pour en venir à inclure la garantie que les professionnels sont compétents et agissent conformément à l’éthique, les organismes de réglementation étant alors appelés à superviser les membres de la profession et à imposer des mesures disciplinaires au besoin. Au cours du dernier quart de siècle, les organismes de réglementation ont également déployé des efforts de coordination entre les différents territoires de compétence afin d’améliorer la mobilité de la main-d’œuvre entre provinces et territoires[2].
Il existe un contrat social entre les gouvernements et les organismes professionnels autoréglementés, en vertu duquel le gouvernement accorde aux professions le privilège de s’autoréglementer en échange d’un engagement de leur part à servir et à protéger l’intérêt public avant toute autre chose. Les concepts clés qui sous-tendent le contrat sont l’intérêt public, l’autonomie professionnelle, la responsabilité et la transparence.
Les professions autoréglementées sont libres de fixer leurs propres normes de pratique et de conduite, d’établir des exigences en matière de formation, de veiller à la compétence et de surveiller le comportement éthique de leurs membres. En contrepartie de l’autonomie qui leur est accordée, ces professions s’engagent à accorder la priorité à l’intérêt public en appliquant des normes professionnelles élevées, en promouvant un comportement éthique, en fournissant des services de qualité et en répondant aux besoins et aux attentes de la société.
Les professions acceptent de veiller à ce que leurs services soient accessibles à tous les membres de la société et équitables pour ceux-ci, s’engageant par ailleurs à appliquer des procédures équitables dans la délivrance de permis et l’adoption de mesures disciplinaires. Elles doivent se montrer responsables vis-à-vis du public en appliquant des normes et des procédures disciplinaires rigoureuses et en faisant preuve de transparence dans leurs processus décisionnels.
Le contrat social permet au gouvernement de déléguer des responsabilités réglementaires aux personnes qui possèdent des connaissances spécialisées, tout en veillant au bien-être public. Le gouvernement conserve un rôle de surveillance, généralement par l’intermédiaire de la législation et des pouvoirs ministériels; il peut ainsi s’assurer que la profession autoréglementée respecte sa part du contrat. Le contrat social peut toutefois être révisé ou révoqué si la profession n’assume pas ses responsabilités. En pareil cas, le gouvernement sera libre d’intervenir pour apporter des changements ou assumer un contrôle direct sur la réglementation de la profession. À la lumière de ce qui précède, il apparaît clairement que l’autorégulation est un privilège accordé par la société, qui exige de la profession qu’elle conserve la confiance du public en affichant son engagement en faveur de l’intérêt général.
L’importance de la précision des analyses en laboratoire et les risques associés aux professionnels non réglementés
Un aspect important de la défense de l’intérêt public consiste en la prestation de soins de santé de qualité, dont la pierre angulaire est un diagnostic précis. La qualité des analyses en laboratoire joue pour beaucoup dans le processus de diagnostic. Les erreurs au laboratoire peuvent mener à des diagnostics erronés et à des retards de traitement et entraîner des conséquences néfastes pour la santé. L’expertise et la compétence des technologistes de laboratoire médical sont donc cruciales pour garantir des soins de santé de la meilleure qualité possible.
L’absence d’une réglementation stricte et de vérifications des qualifications des TLM pose un risque de taille pour la santé et la sécurité publiques. S’appuyer uniquement sur la vérification des diplômes par l’employeur pourrait potentiellement poser problème; les contraintes économiques et les pénuries de personnel peuvent en effet inciter certains employeurs à embaucher des personnes ne possédant pas la formation et les compétences nécessaires pour effectuer les tâches correctement, de façon sécuritaire. Le fait de s’appuyer uniquement sur l’examen des titres de compétence par l’employeur peut par ailleurs entraîner des incohérences sur le plan de la pratique, car les normes varient d’un employeur à l’autre. Les organismes de réglementation des TLM au Canada s’efforcent de maintenir des normes nationales afin de garantir une pratique cohérente, sûre et éthique et de faciliter la mobilité de la main-d’œuvre.
Le rôle des organismes de réglementation
Inscription (délivrance de permis)
Au Canada, les organismes de réglementation sont responsables de l’inscription des technologistes de laboratoire médical. Ces organismes établissent des normes en matière d’éducation, d’expérience clinique, de compétences et de formation professionnelle continue, garantissant que seules des personnes qualifiées peuvent exercer dans le domaine. La procédure d’inscription comprend une évaluation des titres de compétence des candidats, ainsi que l’évaluation de leurs compétences et de leurs connaissances avant que ceux-ci puissent commencer à travailler en tant que technologistes de laboratoire médical.
Code de déontologie et normes de pratique professionnelle
Les organismes provinciaux qui réglementent la profession appliquent également des codes de déontologie et des normes de pratique professionnelle, qui aident les technologistes de laboratoire médical à prendre des décisions responsables dans l’intérêt du public. L’adhésion à ces normes permet de garantir l’observation, par les technologistes, des normes de pratique les plus élevées et contribue à une culture de confiance et de responsabilité.
Mesures disciplinaires
Les organismes de réglementation ont le pouvoir d’enquêter et de prendre les mesures disciplinaires appropriées lorsque la conduite ou la compétence d’un technologiste de laboratoire médical est mise en cause. Ce processus contribue à protéger le public en responsabilisant les professionnels et en préservant l’intégrité de la profession.
Comment la réglementation protège le public
Évaluation des compétences
L’évaluation des compétences est l’un des nombreux moyens par lesquels la réglementation professionnelle contribue à garantir des services de haute qualité et la sécurité du public.
Normalisation de l’éducation et des compétences
Les organismes de réglementation des TLM établissent et appliquent, pour les programmes de formation, des normes qui contribuent à garantir que les technologistes de laboratoire médical possèdent les connaissances, les compétences et le jugement nécessaires pour offrir des services précis et fiables. Cette normalisation fait en sorte que tous les technologistes, quel que soit leur lieu d’exercice ou leur programme de formation, atteignent un degré de compétence défendable.
Les organismes canadiens de réglementation des TLM collaborent actuellement sous les auspices de l’Alliance canadienne des organismes de réglementation des professionnels de laboratoire médical afin d’élaborer, pour l’accès à la profession de technologiste de laboratoire médical, des normes de compétence reflétant les exigences actuelles de la profession. Cette collaboration vise à garantir que les candidats, quand bien même ils auraient été formés à l’étranger ou auraient suivi une formation non traditionnelle, répondent aux normes de pratique actuelles dans un domaine en rapide évolution.
Compétence continue
Les organismes de réglementation établissent des exigences en matière de compétence continue. Des éléments tels que la formation professionnelle continue permettent aux technologistes de laboratoire médical de se tenir au courant des avancées technologiques, des techniques de diagnostic et des pratiques exemplaires. La formation continue favorise la prestation de soins de haute qualité tout en réduisant le risque d’erreurs.
Protection de la vie privée
Les organismes de réglementation élaborent et appliquent des lignes directrices relatives à la protection de la vie privée des patients et à la confidentialité, qui garantissant que les technologistes de laboratoire médical traitent les renseignements sensibles des patients avec soin et discrétion. Cette protection de la vie privée est essentielle au maintien de la confiance des patients dans le système de santé.
Traitement des plaintes et mesures disciplinaires
Les organismes de réglementation examinent et traitent les plaintes concernant la conduite ou la compétence des technologistes de laboratoire médical. Si un organisme estime que la conduite ou les compétences d’un technologiste ne répondent pas aux normes attendues, il peut appliquer des sanctions ou imposer au technologiste concerné une formation complémentaire, une pratique supervisée, un contrôle de la pratique, une suspension, des limites ou des conditions d’exercice; il pourrait même y avoir radiation du registre provincial. Ce processus garantit la protection du public et le respect des normes professionnelles les plus élevées par les technologistes de laboratoire médical.
Conclusion
La réglementation des technologistes de laboratoire médical est essentielle pour préserver l’intérêt du public et garantir la prestation de soins de santé de qualité au Canada. Les organismes de réglementation établissent et appliquent des normes en matière de formation, d’expérience clinique, de conduite professionnelle et de compétence, veillant ainsi à ce que les technologistes de laboratoire médical possèdent les connaissances et les compétences nécessaires, à ce qu’ils respectent les lignes directrices en matière d’éthique et à ce qu’ils s’engagent en faveur de la qualité. Les règlements en question protègent l’intérêt du public, préservent la confiance à l’endroit du système de santé et promeuvent la sécurité des patients. Encadrés par des organismes de réglementation, les technologistes de laboratoire médical contribuent au bien-être général des Canadiens en leur fournissant des renseignements diagnostiques précis qui contribuent à leurs soins de santé.
Ce projet est financé en partie du Gouvernement du Canada par le biais du Programme de solutions pour la main d’œuvre Sectorielle et le Programme des reconnaissance des qualifications professionnelles acquises à l’étranger.
[1] Pour un aperçu historique de la préparation des technologistes de laboratoire médical, voir Twohig, Peter L., « Education, Expertise, Experience and the Making of Hospital Workers in Canada, 1920-1960. », Scientia Canadensis, vol. 29, no 2 (2006), p. 131 à 153. https://doi.org/10.7202/800522ar provides.
[2] https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/programmes/mobilite-main-doeuvre.html